En l'honneur du "Mois de l'héritage hispanique", l'artiste colombienne a accordé une interview exclusive au magazine "People en Espagnol", abordant son entreprise, sa tournée mondiale réussie et de la façon dont elle assure que ses enfants ne perdent pas "leur coté Barranquilla".
Photo by Nicolas Gerardin
Shakira est plus occupée que jamais. En plein cœur de sa tournée mondiale à succès "Las Mujeres Ya No Lloran World Tour", qui a rempli des stades entiers en Amérique Latine et aux États-Unis, la chanteuse colombienne a récemment lancé sa propre marque de soins capillaires, qui, comme dans tout ce qu'elle entreprend, cherche à connecter son public à sa personnalité et à sa culture.
De l'Allemagne à l'Afrique du Sud, cette star latine emblématique, qui se définit comme "Louve", a fait rayonner notre musique et notre culture à travers le monde comme peu d'autres. C'est pourquoi "People en Espagnol" a profité du début du Mois de l'héritage hispanique pour s'entretenir avec cette native de Barranquilla sur cette étape de sa vie, l'état actuel de la musique latine et la façon dont elle maintient ses liens avec ses racines malgré le tourbillon de sa profession.
Photo by Nicolas Gerardin
Dans l'interview, Shakira prône la résilience, l'authenticité et le courage qui caractérisent les Latinas. "Nous sommes les véritables loups de ce monde : nous pouvons défendre avec acharnement nos familles et nos rêves, et en même temps, nous avons la capacité de nourrir, d'aimer et de créer des liens", souligne-t-elle.
Ce lien implique de transmettre un sentiment d'identité aux générations futures. "Mes enfants, Milan et Sasha, sont profondément attachés à leur côté Barranquilla", remarque-t-elle. "Je veille à ce qu'ils soient imprégnés de notre culture : à travers la famille, la cuisine, la musique."
Découvrez ci-dessous, la traduction compète de l'interview by Joan Wallace.
Shakira durant son "Las Mujeres Ya No Lloran World Tour" (Photo by Kevin Mazur/Getty Images for Live Nation)
En l'honneur du Mois de l'héritage hispanique, nous aimerions savoir si vous vous souvenez d'un moment particulier où représenter votre communauté était une source de fierté. " A chaque fois que je me produis sur une scène internationale, il a toujours été important pour moi de représenter notre culture et de la rendre accessible. La diffusion radiophonique de "'La Tortura" aux États-Unis, chanson 100% en espagnol, a marqué une étape majeure. Jusque là, je n'avais pu masser à la radio qu'avec des chansons en anglais, ou tout au plus en "Spanglish". La Tortura a ouvert la voie, et aujourd'hui, je constate que la musique hispanophone non seulement triomphe, mais domine de nombreux domaines de la musique internationale."
Shakira performant aux MTV Video Music Award en 2005.
Tout au long de votre carrière, vous nous avez rendus très fiers d'être latinos. Mais nous aimerions savoir s'il y a un moment précis, dans l'art, le sport ou un autre domaine, qui vous a rendu particulièrement fier de vos racines. Pourriez-vous nous décrire ce moment ? Au Super Bolw, par exemple, présenter la champeta, une danse originaire de ma région côtière colombienne, qui est aussi un mélange de cultures différentes, sur la plus grande scène du monde, a été l'un de mes plus grands moments de fierté. L'art a toujours été le médium qui transcende et traverse le plus facilement les frontières.
Shakira lors du Super Bowl LIV en 2020 (Photo by Jeff Kravitz/FilmMagic)
Selon vous, qu'est-ce qui fait qu'une femme hispanique se démarque dans le monde ? Ce qui distingue une femme hispanique, c'est sa résilience, sa capacité à se réinventer sans cesse. Nombre d'entre elles mènent aujourd'hui carrière et famille en même temps, jonglant avec de nombreuses responsabilités, mais avec grâce et détermination. Cette force fait partie intégrante de notre ADN. Je crois aussi que les femmes hispaniques se distinguent par leur courage et leur tendresse. Nous sommes les véritables louves de ce monde : nous pouvons défendre avec acharnement nos familles, nos rêves tout en ayant la capacité de nourrir, d'aimer et de créer des liens.
Photo by Nicolas Gerardin
Pensez-vous qu'au fil des ans, la musique latine a changé la perception de la communauté hispanique à travers le monde ? Pourquoi ? Oui, j'ai l'impression que la musique latine a changé les mentalités. À mes débuts, il n'y avait que quelques artistes latinos connus dans le monde : Gloria Estefan, Ricky Martin, Selena Gomez, mais il était encore rare d'entendre de l'espagnol à la radio en dehors de nos pays. Aujourd'hui, parallèlement à la croissance de la population latino, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier, il est désormais difficile de trouver un endroit au monde où l'on n'entend pas de la musique espagnole, qu'on soit hispanophone ou non.
En tant que colombienne vivant à l'étranger depuis si longtemps, de quelles habitudes de vie et de beauté vous souvenez-vous toujours ? Bien sûr, je me souviens toujours des habitudes beauté et lifestyle de chez nous : nous utilisions toutes sortes d'ingrédients naturels, des ingrédients de la cuisine (avocats, œufs..) et nous apportions notre propre innovation. C'est pourquoi j'ai lancé ISIMA, une ligne de soins capillaires ancrée dans la science, mais née d'une nécessité culturelle. Comme tant de femmes, j'ai vécu des années de galère : mes cheveux ont subi tous les traitements imaginables (décoloration, lissage, kératine) et cela finissait souvent en larmes. Alors, avec l'équipe d'ISIMA, j'ai passé quatre ans à créer des produits qui redonnent santé, brillance et force aux cheveux aux besoins les plus complexes, qu'ils soient bouclés, ondulés, secs ou cassants comme les miens. ISIMA, ce n'est pas qu'une question de tendances beauté ; c'est une question de guérison de l’intérieur, de valorisation de chaque texture et de choix de ces quelques précieuses minutes sous la douche pour prendre soin de soi.
Shakira lord de l'inauguration d'une boutique Ulta Beauty à Mexico (Photo by Medios y Media/Getty Images)
En parlant beauté, vous avez récemment lancé Isima. "Curls don't Lie" bat des records de ventes, un produit phare qui vous permet d'afficher fièrement vos boucles. Quel est votre sentiment en tant qu'entrepreneuse latino-américaine dans le monde de la beauté ? En tant qu'entrepreneuse latino-américaine dans le monde de la beauté, je me sens fière et incroyablement inspirée. Pendant longtemps, nos voix et nos besoins n'ont pas toujours été représentés dans ce secteur. La diversité de nos textures capillaires, les réalités de nos routines quotidiennes et même notre façon de concevoir la beauté comme expression de soi, étaient souvent négligés. Être éveillée et lancer une ligne qui répond directement à ses expériences, c'est comme ouvrir une porte, non seulement pour moi, mais pour toutes les femmes qui partagent la même histoire.
Tout comme vos fans latinos s’identifient à leurs racines à travers votre musique, si vous repensez à la bande originale de votre vie, quelles chansons d'autres artistes font ressortir vos racines latines ? Pourquoi ? Ayant grandi à Barranquilla, la musique était omniprésente. Je me souviens d'avoir entendu des chansons narratives d'artistes comme Ruben Blades, Willie Colon et Joe Arroyo : elles sont ancrées dans mon ADN.
Est-il important pour vous que vos enfants conservent leur héritage hispanique ? Quel lien Milan et Sasha entretiennent-ils avec leurs racines ? Milan et Sasha sont profondément attachés à leur coté barranquilien. Je veille à ce qu'ils soient imprégnés de notre culture : à travers la famille, la gastronomie, la musique. Je les emmène à Barranquilla pour retrouver leurs grands-parents et découvrir les traditions, dès que j'en ai l'occasion. Cette année, nous sommes allés à la Guacherna, une fête de rue qui maque le début du Carnaval, tous déguisés pour qu'ils puissent en profiter comme tout le monde. C'était un merveilleux souvenir que nous avons créer ensemble. Je veux qu'ils se souviennent toujours de nos valeurs : la résilience, le sens de la communauté qui découle de notre identité latino.
Comment avez-vous vécu le phénomène de la musique urbaine latine, qui a conquis le monde ces dernières années ? J'ai vécu le phénomène de la musique urbaine latine de près, dès ses débuts, lorsque j'ai créé La Tortura et que nous avons expérimenté le reggaeton, qui n'avait pas encore explosé hors des frontières de Porto Rico. J'ai eu la chance de collaborer avec de nombreux artistes qui font vibrer ce monde, comme Maluma, Cardi B, Ozuna, Rauw Alejandro… Et comme tout genre qui gagne en popularité au fil du temps, le reggaeton et le latin trap ont commencé comme des mouvements populaires et sont aujourd'hui intégrés au courant dominant mondial. Cela démontre la puissance des rythmes latins.
Qu'est-ce qui vous passionne le plus dans l'avenir de la musique latine ? Ce qui m'enthousiasme le plus dans l'avenir de la musique latine, c'est qu'elle ne connaît pas de frontières. Pendant longtemps, nos genres étaient considérés comme régionaux, mais ils sont désormais mondiaux. Le reggaeton, la bachata et la salsa sont joués dans le monde entier. La musique latine a toujours été synonyme de fusion, d'une sorte de syncrétisme, et nous le voyons désormais à l'échelle mondiale.
Félicitations ! Votre tournée a été un immense succès. Que pouvons-nous attendre de Shakira en 2026 ? Il n'y a rien de plus puissant qu'un loup en compagnie de sa meute, alors j'ai de grands projets et je suis impatiente de continuer à tourner, à voir et à jouer devant autant de fans que possible à travers le monde. Je prépare également de nouveaux projets qui me passionnent. J'annoncerai de nouvelles dates très bientôt !